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mercredi 20 septembre 2017
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Cartographie du fossé entre les sexes dans les services d’argent mobile : aperçus en Côte d’Ivoire et au Mali

Cartographie du fossé entre les sexes dans les services d’argent mobile aperçus en Côte d'Ivoire et au Mali

Cartographie du fossé entre les sexes dans les services d’argent mobile aperçus en Côte d’Ivoire et au Mali

Afrique numérique | Synthèse du rapport de la GSMA « Cartographie du fossé entre les sexes dans les services d’argent mobile : aperçus en Côte d’Ivoire et au Mali », publié le 27 avril au GSMA Mobile 360 Afrique de l’Ouest – Abidjan.

Maintenant disponible dans les deux tiers des pays à revenus intermédiaires inférieurs ou intermédiaires supérieurs, les services d’argent mobile ont montré leur rôle crucial dans l’inclusion financière d’une grande majorité de la population n’ayant pas accès à un établissement financier formel. Cependant, et bien que l’argent mobile soit plus répandu qu’il ne l’a jamais été, les niveaux d’adoption et d’utilisation de ces services restent fortement inégaux entre hommes et femmes.

Les données du Global Findex 2014 montrent que les femmes ont 36% de chances en moins d’avoir un compte d’argent mobile que les hommes – un écart souventbien plus prononcé dans certaines régions.

Combler le fossé hommes-femmes en matière d’adoption et d’utilisation des services d’argent mobile offre une multitude d’opportunités, non seulement pour les femmes elles-mêmes, mais également pour la société, et pour les entreprises.

• Avantages pour les femmes

– L’argent mobile permet aux femmes d’avoir une plus grande autonomie financière et de renforcer leur rôle en tant que décideurs financiers.

• Avantages pour la société

– L’argent mobile soutient 11 des 17 objectifs de développement durable de l’ONU. Par exemple, la recherche a montré qu’au Kenya les ménages pouvaient échapper à l’extrême pauvreté grâce à l’argent mobile – la consommation chez les ménages dirigés par des femmes augmentant deux fois plus que chez les ménages dirigés par des hommes. Une participation économique accrue des femmes dans le secteur formel favorise ainsi des économies plus efficaces, plus productives et plus transparentes. On estime en effet que la finance digitale, comprenant notamment les services d’argent mobile, pourraient apporter 3,7 milliards US$d’activité économique annuelle supplémentaire d’ici 2025.

• Avantages pour les entreprises

– Les femmes représentent environ 50% du marché mobile dans tous les pays et négliger ce segment engendrerait une perte commerciale considérable pourl’industrie mobile.

Afin de mieux comprendre cet écart de genre dans l’adoption et l’utilisation des services d’argent mobile, nous avons analysé les données provenant à la fois de l’offre (opérateurs mobiles) et de la demande (consommateurs) dans deux pays: le Mali et la Côte d’Ivoire. Plus précisément, nous avons examiné les transactions de clients hommes et femmes, afin de comprendre comment ceux-ci utilisent les services d’argent mobile et afin d’identifier les étapes du parcours client dans lesquelles les femmes ont plus tendance que les hommes à abandonner les services d’argent mobile.

Nous avons ensuite mené des études quantitatives et qualitatives visant à comprendre les raisons de cet abandon, ce qui nous a permis d’identifier des solutions potentielles afin de réduire l’écart de genre en matière d’argent mobile.

Les principales conclusions de nos recherches menées au Mali et en Côte d’Ivoire sont les suivantes:

1. L’écart entre les sexes est plus large avant l’étape d’inscription et reste ensuite limité jusqu’à l’étape de « forte utilisation », lorsque les utilisateurs effectuent des transactions mensuelles plus nombreuses etde plus grande valeur.

o Avant l’étape d’enregistrement, il existe un fort écart de genre en matière de possession detéléphonesmobiles, et nous avons également constaté une connaissance de l’argent mobile plus approfondie chezles propriétaires de téléphones. Cela suggère que ne pas posséder un téléphone pourrait affecter négativement la capacité des femmes à ouvrir un compte d’argent mobile.

o Lorsque les femmes ont un compte d’argent mobile, elles sont aussi susceptibles que les hommes d’essayer le service et de devenir des « utilisatrices régulières » (définies comme des utilisatrices ayant initié au moins une transaction par mois) ou des « utilisatricesactives » (définies comme des utilisatrices qui réalisent plusieurs transactions chaque mois). S’attaquer à l’écart hommes-femmes à l’étape d’enregistrementapparait donc essentiel pour réduire l’écart entre les sexes dans l’utilisation de l’argent mobile.

o Les femmes sont moins susceptibles que les hommes de devenir des « utilisatricestrès actives » des servicesd’argent mobile. Elles utilisent ces services moins fréquemment et pour deplus faibles montants que les hommes, et ne profitent donc potentiellement pas pleinement de ces services.

2. Dans les zones urbaines, il existeune réelle opportunité d’accroître le taux de pénétration des services d’argent mobile auprès des femmes, en particulier pour la tranche d’âge de 25 à 40 ans. Dans les zones rurales, il est primordial d’augmenter le taux de pénétration de ces services à la fois chez les hommes et chez les femmes.

3. Les usages des femmes en matièred’argent mobile diffèrentde ceux des hommes, et il existe une opportunité d’augmenter à la fois la fréquence et la diversité de ces usages.Les femmes ont en effet tendance à réaliser des transactions de plus faibles montants et à utiliser des services plus simples, tels que les dépôts et retraits d’espèces ou les transferts de personne-à-personne (P2P). Lors de transferts P2P, les femmes ont,par ailleurs,tendance à être destinataires de l’argent, alors que les hommes sont plus susceptibles d’en être les expéditeurs.

4. Parmi les propriétaires de téléphones, et au cours des différentes étapes du parcours client, les barrières à l’utilisation des services d’argent mobile sont généralement identiques pour les femmes et pour les hommes :
o La mauvaise compréhension du service, la perception d’un manque d’utilité et le manque d’argent étaient les principales barrières signalées par les hommes et les femmes, à la fois en Côte d’Ivoire et au Mali.
o Le faible taux d’alphabétisation, les frais de transaction, la faible expérience client lors de l’étape d’inscription, le manque de confiance et les problèmes techniques ont également été mentionnés comme des barrières secondaires. Cependant, ces barrières étaient signalées de façon irrégulière entre les deuxpays.
o La façon dont les utilisateurs perçoivent chaque barrière dépend fortement du pays et de l’étape de parcours client de l’argent mobile dans lesquels ils se trouvent.

5. L’utilisation non-enregistrée des services d’argent mobile, y compris lors de dépôts directs et de l’utilisation du compte de quelqu’un d’autre, était particulièrement répandue dans les deux pays, en particulier lors des premières étapes du parcours client. Même lorsqu’elles ont leur propre compte, les femmes enregistrées étaient beaucoup plus susceptibles que les hommes de réaliser des transactions d’argent mobile non-formelles et non-enregistrées au sein des bases de données des opérateurs. Cela empêche les femmes de tirer pleinement parti de l’utilisation de leur propre compte d’argent mobile, notammentde la confidentialité, de la sécuritéet l’indépendance financière que celui-ci peut apporter.

6. Nous avons identifié une corrélation linéaire positive entre le niveau d’éducation et la profession des utilisateurs d’une part et leur niveau utilisation de l’argent mobile d’autre part. Ceci suggère que l’éducation et la profession d’un utilisateur peuvent permettre de prédire sa disposition à devenir un utilisateur actif des services d’argent mobile. Bien que nous n’ayons observé aucune corrélation linéaire positive entre le niveau de revenu du ménage auquel l’utilisateur appartient et son niveau d’utilisation de l’argent mobile, nous avons cependant pu constater que les « utilisateurs actifs » et les « utilisateurs très actifs » ont tendance à avoir des revenus ménagers plus élevés.

Il n’existe pas de « solution unique » pour réduire l’écart entre les sexes et accroître l’adoption et l’utilisation des services d’argent mobile auprès des femmes. Il convient donc d’adopter une approche holistique qui tienne compte du contexte culturel et des multiples dimensions d’un service d’argent mobile, telles que:

• Des activités ciblées de marketing et de sensibilisation des utilisateurs afin d’améliorer leur compréhension des services d’argent mobile et leurs avantages, et afin d’accroitre leur confiance lors de l’utilisation de ces services.

• Le lancement de produits nouveaux ou l’adaptation des produits existants afin qu’ils soient plus adaptés au segment féminin, en veillant non seulement à ce qu’ils répondent aux besoins financiers des femmes et encouragent une transition numériquedes opérations jusqu’alors réalisées en espèces, mais également en veillant à ce que les femmes soient informées de ces produits.

• La création d’un réseau de distribution robuste qui supporte l’utilisation des services d’argent mobile.
• L’augmentation du niveau de possession de téléphones mobiles chez les femmes, étant donné qu’il s’agit de la première étape avant l’adoption des servicesd’argent mobile.

• Le recueil et l’analyse de données ventilées par sexe ainsi que l’investissement dans denouvelles recherchesafin de mieux comprendre et mieux répondre aux besoins des clients et afin de développer des actions ciblées visant à stimuler l’utilisation de l’argent mobile auprèsdes segments de marché restant à ce jour inexploités.

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